16/04/2007

Alizée

Ne croyez pas que je n'ai rien à vous dire, ou rien à dire du  tout ...ou trop simplement!! non.

Je suis de passage, je me parenthèse, je goûte, je respire,je me coule dans le printemps.

Je " suis" , très égoïstement, de tous mes sens ,dans tous les sens ,je découvre comme une collégienne les parfums d'un printemps un peu anachronique, mais si doux dans le soleil...je deviens contemplative et j'aime cela !!!

Je deviens argile, miroir , plante, moustache de chat,graine de cosmos ,de persil ou d'oseille.

Sous le parfum des lilas qui me rappellent les senteurs de jasmin, je me grise de phéromones olfactives, jusqu'à l'ivresse.

Je ne suis qu'une coulée de vent léger, en route vers nulle part, qui s'attarde dans la chance que lui offre ces dérives climatiques.

Je ne comprend pas ce qui m'arrive,mais si c'est du bonheur, même un soir, même une heure, c'est là que vous me trouverez

01:46 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2005

Les portes de l'Opale

 

 Le vieil arbre frissonne :

 

Ce n’est pas la brusque venue de l’hiver qui le malmène ainsi.

 

 A travers la bise acérée, par delà  les lames de grêle qui tranchent ses dernières feuilles, Imré tremble,  il tremble de peur….

 

Cette sorcière l'impressionne, sa beauté éclatante ,son discernement, sa bravade, son ascendant sur le clan, tout cela le perturbe, le trouble au plus profond de son grand corps immobile.

Imré mesure l'absurdité de sa position avec celle de ses Lois désormais obsolètes.

Il est paralysé de la brindille aux racines.

Son aubier sent se retirer la sève de vie infiniment loin de ses membres engourdis.

Et pourtant, il mesure aussi à cet instant fugace, combien ce flux vivant qui s'écoule de lui, combien il est précieux.

Il ne veut pas mourir, pas encore.

Non, il veut la revoir, cette jeune fille effrontée et puissante.

Quelque chose en lui appelle une confrontation dont il pressent l'issue.

Lielle exigera de lui l'impossible...et Imré sait qu’elle aura raison de lui, qu’il ne peut résister à la force sauvage de la magicienne, à cette force décuplée par la présence des jumeaux maudits.

 

L’arbre, n’a pas le souvenir d’avoir traversé, depuis les siècles et les siècles  de vie qui lui ont été accordés jusqu’ici, il n’a pas le souvenir de plus incroyable transgression, de plus grande folie humaine.

 

Il n’a pas non plus le souvenir d’une plus stupéfiante audace !!!!

Le défi que lui lance Lielle a pour lui, en dépit du sentiment de crainte, un goût presqu ’agréable , tant il flatte sa part d’orgueil :

 

 

"La voilà , " dit il mon élève  brillante," la voilà qui approche.

 Lielle, ma princesse, la surdouée d’entre toutes,  la voilà qui vient pour  dépasser son Maître.

-Je l’ai gardée trop longtemps sans doute au cœur des secrets d’Opale.

-Je l’ai laissé trouver toutes les clés, ouvrir toutes les portes.

-Et, comme un vieil idiot, je m’émerveillais de sa promptitude à comprendre , de ses capacités d’assimiler les Paroles Perdues.

-Me voici, dans l’ici et maintenant, semblable à un objet anachronique, un fantoche de carnaval.

-Je dois la faire bien rire ,d’un côté, mais aussi bien s’enflammer, de l’autre, face à la crédulité millénaire de Sigrène .

-J’ai entretenu  la Foi des femmes du clan.

- Toutes les femmes m'ont offert leur confiance et leur foi, toutes les femmes m'ont toujours vénéré, respecté, aimé, obéi.

 Lielle  s’est laissée aveugler par cette Foi,comme les autres, mais aussi par son orgueil.

-Elle s’est vue Sorcière parmi les siennes ,Gardienne des secrets et des Traditions, responsable de l’existence de tout un peuple. »

 

Imré tente de ricaner, de se donner le change, de reprendre une contenance:

La femme qui monte vers lui par le chemin creux, silhouette floue encore sous la poudre de neige qu'un vent glacial paillette de givre nacré ,la femme au bras alourdis d'enfants ,fait vibrer autour d'elle la lumière pâle.

Elle semble avancer dans un halo irisé, irréelle .

Lielle , cependant plus incarnée que jamais,parvient sans difficulté au parvis sacré  qui ouvre le temple de l'arbre.

Elle le franchit d'un pas ferme  et vient se planter, droite, les pieds bien ancrés sur le sol, devant l'Arbre Pendu , interrompant ainsi les pensées d’Imré .

Ne laissant aucune chance à celui-ci, Lielle l'attaque de front:

 

« Ne te cherche pas d’excuses, Arbre Pendu, car il n’y en a aucune pour ceux qui abusent des coeurs purs .

 Je peux lire en toi, je sais ce que tu penses!!!

Non, tu as raison, tu ne fais plus le poids, ni toi, ni personne.

J’ai en effet, appris tout ce qu’il y avait à apprendre.

A présent je viens prendre tout ce qu’il y a à prendre ;

Tout ce que tu m'as caché, toutes ces vies que tu as spoliées, manipulées, sacrifiées, tout cela, c'est fini .
 
La magie d'Opale, les douces saisons d'Opale, ses rivières enchantées, ses forêts aux licornes, ne crois tu pas que nous les avons méritées ?

 


                                                                   A suivre...

03:22 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/05/2005

Le pays imaginaire.

 
Le pays imaginaire:
 
Après les tempêtes, les goélands viennent voler en nombre au raz des vagues, aériens relents des naufrages .
 
A Sigrène, ils se manifestent comme autant de flocons de neige, projetant  un "immaculé duveteux" sur les peurs, les hontes, les fautes.
Gaïane, l'aïeule, ne se remit jamais de la mort de Nouz, pas plus que de la naissance des enfants dont elle fut le seul témoin actif.
Elle chercha en vain à libérer  seule sa conscience.
 
C'est Lielle, désormais toute puissante, qui lui montra le chemin de la paix en lui offrant une mémoire vierge, lisse, sans tache .
 
On raconte que d'aucuns la rencontrent encore, le regard candide, le sourire innocent, dans les rues de la ville, en chantonnant pour d'invisibles petites filles des ritournelles inconnues.
 
C'est Lielle aussi, qui désigna parmi les femmes les plus sages , celle qui la remplacerait auprès du clan .

Elle choisit sans hésitation Haude la Brune, une sorcière avisée, perspicace et généreuse,puis elle lui transmit les pouvoirs qui conviendraient à sa tâche.
" Je ne peux pas rester parmi vous, j'ai une mission à accomplir. Haude, il ne faudra pas m'attendre, jamais.
"Je te confie Sigrène," lui dit elle, " veille sur chacun et ne compte que sur toi-même.Mais voici ce que tu feras:  
Le matin du troisième jour qui suivra mon départ, tu réuniras tout le clan.
Aux femmes tu donneras une hache , et aux enfants  de la corde et des mèches d'amadou.
Tu emmèneras tout le monde jusqu'à l' Arbre Pendu , et là, tu ordonneras qu'on l'abatte .
Tu n'autoriseras aucune remarque, aucune question, aucun signe de foi où de vénération à son égard : Ils ne seraient que mensonges d'incréantes et t'obligeraient à sévir...et" rajoute Lielle avec un sourire pinçé", personne à Sigrène ne souhaite mourir, n'est ce pas ?"
 Haude entend ces mots dans un frisson glacé, mais elle acquiesse. Elle obéira .
"Quand l'Arbre sera coupé, quand chacune de ses branches aura été réduite à la longueur d'une brassée," continue Lielle," vous les lierez en fagots et y bouterez le feu.
Vous en ferez un immense brasier qui brûlera jusqu'à la terre qui l'a porté, qui consumera la poussière du vent elle-même.
Vous resterez ensemble de la première étincelle au dernier rougeoiement.
Ensuite, vous rentrerez ensemble au village, sans regarder en arrière .
L'avenir est devant, tu comprends Haude, DEVANT."
 
C'est ainsi que Lielle est partie.
C'est aussi le contenu de ce qu'elle a transmis se gardant bien d'évoquer de quelque façon ,la naissance d'Andalore et de Karr.
La tribu ne savait pas même que Nouz allait être mère.
Quant à celle -ci , elle avait officiellement mis fin à ses jours, non sans s'être repentie de ses actes in-créants, et en  avoir appelé au pardon des siens....
Sigrène pouvait continuer de vivre dans la paix de l'ignorance.

 
Personne, dans la nuit froide , ne voit partir Lielle,  dissimulant sous un grand châle de laine les deux nouveaux-nés,
Lielle, les bras chargés d'enfants , qui sort de la ville, ombre furtive parmi les collines, Lielle qui marche sans s'arrêter jusqu'au pied du grand arbre.
"Ce grand manipulateur a encore des choses d' importance à me dire" se répète t'elle dans un souffle," et j'irai jusqu'au bout pour accomplir les destins qui m'ont été confiés ".
 
"Imré", crie Lielle d'une voix forte " ouvre la porte de l'Imaginaire , je te l'ordonne.!!
 
Ouvre la porte, et laisse nous entrer au pays d'Opale"
 
 
                                                   à suivre...
 

17:52 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

25/04/2005

Le grain de sable


 
Sigrène, itinéraire touristique
 

Sigrène abrite depuis  la disparition progressive des

derniers mâles,une communauté exclusivement
féminine .
Toutes les lois sont régies par la caste puissante des magiciennes ou sorcières , dont l'une, est ,depuis sa

conception, destinée à recevoir les connaissances, à
développer ses pouvoirs et à les utiliser dans l'intérêt
du clan.
Il en est ainsi de génération en génération.
 
La promesse de l'avènement d'une nouvelle sorcière

se manifeste  toujours par l'intermédiaire de l'Arbre
Pendu:
Imré et la sorcière élue, vibrent en harmonie .
 
Ils sont capables de pressentir ensemble le moment

du passage des pouvoirs, de le mesurer, de le réaliser.
 
Par contre, en ce qui concerne la conception des

générations futures, seul Imré reçoit les confidences
des femmes qui souhaitent devenir mères.
Chacune , jeune où âgée, belle où laide, intelligente

stupide, vient exposer son désir d'enfant, s'il se
manifeste, et, quand il se manifeste.
Chacune,se voit exaucée, si elle a le coeur pur :
Imré se charge de sonder les consciences.
 
La suite, l'Arbre pendu ne l'a jamais confiée à

personne.
 
De mémoire de sorcière, il se transmet cependant 

qu'I'imré  lui-même ignorerait le Quand et le Comment
 qui président à l'inaugural instant de la fécondation.
Ces critères là, demeurent dans l'absolu mystère.
 
Mais c'est une inconnue dont nul ne se préoccuppe:
Seul compte le résultat, à savoir, des grossesses

souhaitées et sans problème, des naissances
naturelles d' enfants en pleine santé et des mères
comblées .
 
Quand chaque rouage d'un monde fonctionne

parfaitement, lorsque la paix, et la sérénité règnent ,
nul ne songe à remettre en question ne serait-ce
que l'ombre d'une petite ignorance fondamentale :
 La curiosité s'arrête bien en deçà du seuil de confort.
 
La satisfaction des besoins les plus élaborés de

l'humain le rend souvent aveugle et hermétique
à ses besoins essentiels.
Ces derniers s'effritent d'abord en fantasmes, puis

en rêves de plus en plus flous, avant que de tomber
tout simplement dans l'oubli parfaitement construit 
de l'inconscient collectif .
 
A Sigrène,La disparition des mâles est rarement

évoquée ,sauf dans les histoires que les vieille
femmes racontent aux petites filles:
A travers Barbe-Bleue, les ogres dévoreurs d'enfants,

 ou encore les récits d'exploits guerriers de jadis,
 les fillettes apprennent, dans la tendre sécurité de
la tribu, à frémir de violences qui n'existent que dans
les légendes.
A Sigrène, les femmes ne sont pas des objets de

convoitise, elles se sentent libres, respectées.
Ce serait en quelque sorte une société idéale, si elle

 n'était pas assortie de la scotomisation de toute
forme de sexualité .....

Un tout petit grain de sable au sein du Grand Tout,

 sans doute, mais un grain de sable quand-même...
Lorsque l'on y ajoute  l' inacceptable grossesse de

Nouz  l'in-créante rebelle, et la naissance des
jumelles Andalore et Karr, le grain de sable devient
 dune. 
La dune se fait désert, et le désert s'allonge ,maléfique,

par la mort de Nouz.
 
Le rythme de Sigène s'enraye.
 
Il en est de ce monde comme des autres:
Il porte en lui la clé de sa propre destruction.
 
 
                                                          à suivre...



16:40 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/04/2005

La malédiction

La malédiction (2)

"Toi ici, Lielle, je rêve, ce n'est pas possible," dit-elle en se frottant les yeux, non, ce n'est pas possible.
Gaïane lève vers la jeune sorcière un regard incrédule, une rougeur de honte empourpre son doux visage mouillé.

Elle se jette à ses pieds, soumise et résignée .
Sa chevelure dénouée balaye le sol de vagues argentées.
Lielle fera d'elle ce qu'elle voudra
"Lielle, pardonne moi.
Lielle, que je meure à l'instant, tu es venue trop tard."
Puis, dans un murmure, la voix tremblante , elle ajoute:"Nouz est morte dans mes bras et je n'ai pas pu retenir son souffle de vie:

Un autre enfant,caché en elle, a brusquement manifesté sa présence. J'ai vu le ventre se durcir à nouveau, se contracter  si violemment que la mère n'a pu contenir son effroi .
Quand Nouz a crié, j'ai vu l'utérus se déformer, j'ai vu qu'il allait se rompre sous la peau tendue.
J'ai vu les yeux révulsés de la mère, j'ai vu ses mains comprimer vainement le volcan de son corps.
J'ai vu couler la lave charriant son sang entre les cuisses ouvertes de Nouz.
Oui, j'ai regardé, impuissante et désarmée, le flot de vie s'échapper .
Alors , dans un réflexe, j'ai saisi ma lame, celle que je porte à la ceinture ,symbole de décision. Son tranchant  luisait dans ma main comme un serpent d'acier . C'est lui qui guida mon geste précis, rapide, irrémédiable....
Du ventre ouvert, l'enfant est sorti presque tout seul . Mû par sa force vitale, il s'est  projetté de toute sa  puissance hors de son cocon .
L'enfant n'a pas pleuré . Ses yeux grands ouverts m'ont transperçée  d'un trouble glacial .
J'ai approché le petit corps vigoureux  du visage de sa mère, pour qu'il puisse s'imprégner d'une odeur, d'un unique souvenir ...
"Karr" a murmuré Nouz dans un dernier souffle ," Karr ", puis elle s'en est allée.
Gaïane se relève, elle respire lentement , profondément .
Elle se sent plus légère. Elle se sent le courage de terminer son récit:
" Voilà, Lielle, tu sais à présent:C'est l'enfant de Nouz qui l'a fait périr...l'enfant caché, le deuxième jumeau.
Mais à présent, ces enfants, ces deux  enfants,il faut que je te les montre, Lielle, il le faut !!! 
Ces enfants, je les ai bien vus l'un et l'autre , et, ..."
.
SILENCE, tais-toi, ne dit plus rien, s'écrie Lielle .
Ce que tu veux me dire, je le sais.
C'est pour cela que je suis ici.
Andalore et Karr, les nouveaux nés de Sigrène.....ils portent en eux la discorde.
Ils portent le pire du destin de ce monde, mais sans doute aussi le meilleur.
Mais, cela, , Gaïane, dit Lielle , le regard vert pailleté de gris,embué par une vague de tristesse, cela sera probablement au prix  d'autre vies.


Telle est la malédiction.
 
 
                                                               A suivre


03:45 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/04/2005

Le cri de Nouz


La Malédiction (1):
 
La colline rougit , illuminée  dans le couchant.
L'Arbre Pendu y projette des ombres si longues qu'elles sembent zébrures, si noires qu'elles irradient, tentaculaires, des coulées de nuit.
Imré ne veillit pas, Imré ne dort pas, Imré est.
Qu'il  ait gardé Lielle si longtemps , qu'il lui ait enseigné toutes choses,  ne représente qu'un frémissement de ramure, un souffle, un battement d'aile.
L'avenir, comme le passé n'ont pour lui aucune importance : seul compte l'instant présent.
Et, cet instant là, dure depuis des siècles....
Lielle, emportée dans le cycle de l'arbre, en a épousé jusqu'ici toute mesure, y compris celle du temps.
 
Mais soudain, au sein des cocons intemporels et sourds,  le cri déchirant de Nouz , vient heurter , fendre , puis briser l'enchantement de Lielle. Elle perçoit   une sorte d'écho douloureux de vibrations sonores .Son coeur se dilate et explose dans sa poitrine . Son sang est projeté brusquement dans ses artères comme une onde jaillissante .Une force  pulsatile redessine  les courbes de son corps , réchauffe ses membres engourdis. Lielle ouvre la bouche et aspire à pleines goulée l'air goûteux de la vie qui l'appelle. Elle se réveille  enfin, dans une dimension humaine.Sans surprise  elle entend jusqu'au fond de son ventre le terrible cri de Nouz.  ce cri, il l'appelle  , il la rappelle à Sigrène.Lielle se lève, elle est légère, sereine, déterminée.
La magicienne se détache doucement de l'ombre d'Imré, elle s'attarde à contempler le tronc énorme, à caresser l'écorce tiède encore de la chaleur solaire.Elle prend une inspiration lente, profonde ,et gave ses alvéoles de l'air exquis du soir.
Elle se tient droite, somptueuse .
Les yeux verts éclairent un visage doux, une peau mate, une bouche gourmande.
Une parure de cheveux dorés coule en boucles souples sur ses épaules. Seule, une petite mèche rebelle se glisse sur le front et s'évade entre les cils.
"C'est mon tour", dit elle, "je pars trouver ma place, affronter le chaos.
 Merci pour ton enseignement, Imré , reçois toute ma reconnaissance.
 Je m'en vais contempler ma finitude et l'absurdité du destin de Sigrène.
Aujourd'hui, une sorcière jalouse vient de mettre au monde un enfant conçu par une diablerie, elle vient de payer cher sa faute, elle vient de la payer de sa vie.
Son cri, c'était de la terreur bien plus que de la souffrance .
Lielle fait la moue :
A moins que ce ne fusse du dépit, de la stupeur, voire du dégoût ?
Puis, plus assurée, elle continue, contemplant,dans les dernières lueurs son ombre altière:
Chère Gaïane, tu as eu bien du courage :  celui d'affronter Nouz la femme, in-créante redoutable, sorcière maléfique, puis celui de délivrer Nouz la mère.

Plus forte, plus puissante , plus belle que jamais, elle parcourt d'un pas de soie les chemins de bruyères et de colchiques qui la séparent de son clan.
S'approchant de la maison de vie, elle devine déjà, sur le pas de la porte, l'ombre de sa probe aïeule,Gaïane, vaincue par l'émotion. Elle entend Gaïane ,la voix brisée par les larmes, murmurer en tremblant: "Je souffre mille tourments ,que dois-je faire maintenant ? Nouz la mère est morte par ma faute, par ma faute....je ne survivrai pas à cela...j'ai perdu mes anciens pouvoirs... Oh, Lielle, " sanglotte t'elle , " pourquoi es-tu partie ,pourquoi nous as tu toutes abandonnées ? pourquoi n'y a t'il plus de Loi , plus de Sorcière, plus de Dieu à Sigrène pour nous protéger."?
Tout est ma faute, tout, je suis la plus ancienne, la dernière, la plus faible. Mes sens m'ont sans doute trompée, je n'ai pas été assez vigilante."...Gaïane arrache avec colère ses colliers d'ambre et de nacre. Les pierres se répandent sur le sol  comme des taches de lune .  Déspérée,elle met les mains sur sa poitrine,  serre  sous ses doigts la douce étoffe de sa robe  sacrée....le lin désormais taché de rouge , les mains désormais assassines ...Gaïane d'un geste déchire le tissu avec rage , au coeur de sa souffrance, le lacère, et s'entaille la peau avec les ongles, avec les éclats des colliers brisés. Du sang perle sur son torse, coule au bord de ses seins. Les lambeaux de la robe se collent à la peau blessée comme une écume écarlate sur le sable mouillé .

 
Une autre main, douce et ferme , se pose alors sur les épaules de l'aieule. Un bras souple et chaud l'entoure comme une caresse. Une voix oubliée, fraiche, innattendue se fait entendre. Gaïane reconnait Lielle. Sa raison l'abandonne, elle se laisse aller à ce qu'elle prend pour un débordement de ses sens émoussés. Elle a tellement besoin d'y croire !!
La voix de Lielle la rassure , la voix lui parle de ce qui est arrivé, du cri qui l'a réveillée, de son retour. La voix l'apaise. Gaïane reprend son souffle. A présent elle pleure doucement dans les bras de Lielle. Bientôt elle sera prête à tout raconter, à se libérer.   


20:39 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/03/2005

Vacances

 
 
 
 
 
A Sigrène comme ailleurs, il y a des moments de détente, alors hop,
j'enfourche mon balai.
Retour prévu dans 2 semaines,
Muffy

02:03 Écrit par muffy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |